Accès direct au contenu

 
Recherche
Retour rapide vers l'accueil

Como agua para chocolate : des mots à l'écran

Par Anne-Marie Molin
 
Laura Esquivel (écrivaine)/Alfonso Arau (réalisateur)
 
L'histoire de Como agua para chocolate a été imaginée et rédigée par l'écrivaine mexicaine Laura Esquivel en 1989. Cet ouvrage, pour le moins intrigant, a connu très vite un succès international grâce aux mystères stylistiques, gustatifs et magiques qu'il renferme.
   
Comme l'auteur l'explique dans une interview pour la BBC, à l'époque où elle a écrit ce roman, elle ne créait que des scénarios pour le cinéma. Cependant, comme il n'est pas facile de percer dans ce milieu et que ses scripts commençaient à s'accumuler en vain, elle a finalement décidé d'écrire ce livre qui serait pour elle, comme écrire un scénario, mais sans les limites et les exigences que ce dernier et les producteurs imposent : elle serait ainsi libre de créer son film idéal.


    Sur un fond de contexte politique assez chaotique dans un Mexique en pleine révolution, l'histoire que nous propose Laura Esquivel nous plonge au cœur de la vie d'une famille matriarcale extrêmement traditionnelle et va nous conter les déboires de la cadette de cette famille, Tita : ses difficultés à trouver sa place au sein de son foyer, ses amours frustrées, ainsi que l'ingérence de ses pouvoirs de cuisinière dans les péripéties qui entourent sa vie. Si l'on observe la structure du livre, on découvre que l'aspect culinaire y est spécifiquement mis en avant, puisque l'ouvrage est présenté comme s'il s'agissait d'un livre de recettes. Par ailleurs, le titre nous plonge directement au cœur d'une métaphore culinaire, nous ouvrant à la fois l'appétit de la découverte gustative et du suspens romanesque. En effet, "Como agua para chocolate", dont la traduction la plus proche en français serait "Au bord de l'explosion" ou bien "En ébullition", exprime en espagnol la tension générale du livre, tout en insérant subtilement une idée de gourmandise car l'expression fait référence à une astuce culinaire mexicaine pour réaliser un bon chocolat chaud.
 
En s'appuyant sur la tradition magico-réaliste latino-américaine, Laura Esquivel nous plonge dans une ambiance très particulière où la magie et l'impossible cohabitent parfaitement avec le réel et le probable et c'est là où résidait toute la difficulté de la transcription cinématographique. Jusqu'où le réalisateur pouvait user des subterfuges d'un monde fantastique ?

Il faut tout de même noter que, même si dans ce texte le culinaire et la magie vont en général de pair, grâce à la pratique d'une tradition familiale rigide, le récit se prémunit contre l'idée de sorcellerie en faisant prévaloir le respect d'une cuisine traditionnelle ancestrale aux vertus bénéfiques, ou maléfiques ! Le récit, bien qu'imprégné de magie, reste parfaitement plausible aux yeux du lecteur. Le fait que Tita ne soit pas consciente de ses pouvoirs renforce cette crédibilité : l'écrivaine n'a pas à nous faire accepter un monde fantastique puisque celui-ci n'est même pas avéré. Tous les autres " ingrédients " de l'histoire (l'amour, la mort, la médecine...) se retrouvent eux-aussi imprégnés de détails extraordinaires, invitant ainsi le lecteur à se promener avec l'héroïne, sur le fil du rasoir, aux limites de l'improbable, aux bornes de l'impossible, au bord de l'explosion.

Le roman ayant connu un succès notoire, l'idée de le transposer au cinéma s'est donc rapidement imposée. Comme nous l'avons vu précédemment, notre écrivaine l'avait de surcroît écrit à la manière d'un scénario, ce qui facilitait donc la tâche. De plus, elle était à ce moment-là l'épouse d'un réalisateur en vogue, Alfonso Aurau, et leur partenariat dans ce projet filmique semblait donc évident. Comme nous l'explique Agustín Faro Forteza dans son livre Películas de libros : « La relación central entre la novela y el filme hay que buscarla en su condición de relatos y, como tales, en la presencia efectiva de la narratividad.»  On peut donc imaginer que tant que la transposition de l'affrontement dialectique est au service de l'action narrative, l'adaptation filmique ne peut être que de bonne qualité. Le fait que la romancière ait collaboré directement à l'adaptation de son roman a donc probablement permis de réaliser un travail proche du texte de base, respectueux de la trame narrative et de ses subtilités.
 

Pour citer ces ressources :

Anne-Marie MOLIN. 10/2011. "Como agua para chocolate : des mots à l'écran".
La Clé des Langues (Lyon: ENS LYON/DGESCO). ISSN 2107-7029. Mis à jour le 21 octobre 2011.
Consulté le 31 juillet 2014.
Url : http://cle.ens-lyon.fr/espagnol/como-agua-para-chocolate-des-mots-a-l-ecran-133698.

Affiche du film

 
Compléments

Entretien avec Laura Esquivel (BBC Mundo)
 
"Yo creo que (la cocina) es un lugar donde suceden muchísimas cosas. Pero el mundo tan materialista en el que vivimos no toma en cuenta este espacio, porque la actividad que allí se realiza no tiene ninguna retribución económica."
 
 
mise à jour le 21 octobre 2011
Créé le 19 octobre 2011
ISSN 2107-7029
DGESCO Clé des Langues