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Escalante - Deuxième panneau : Andrómaca real ou le nouveau triangle racinien

Par Marie Du Crest : Professeure, chroniqueuse
Publié par Christine Bini le 03/08/2014
L’Andromaque de X.Escalante est réelle (real), elle n’est pas héritière de récits mythiques : le premier volet de la pièce s’intitule, d’ailleurs, La réalité. Les évènements qui font suite à la guerre de Troie, à la mort d’Hector, à sa condition de prisonnière, et qui nourrissent les textes d’Euripide ou de Racine n’ont pas leur place dans la pièce mexicaine. La question centrale du devenir de ses fils, Astyanax ou Molossos ne représente ici aucun enjeu. Andrómaca est d’abord et avant tout une femme « qui reste froide face à sa propre vie », frigide même face à Pyrrhus ; elle se tait et reçoit les coups de cet homme désirant allant jusqu’à hurler son amour. L’action s’initie sur une succession ou plutôt une combinaison de duos (un couple par scène) dont l’un des participants refuse l’amour de l’autre.

 

Andrómaca real suivi de Electre se réveille, traduit par A. Dupire, Le miroir qui fume (2011) 121 pages, 11 euros.

Le nouveau triangle racinien

andromaca-150_1394311728977-jpgL’Andromaque de X.Escalante est réelle (real), elle n’est pas héritière de récits mythiques : le premier volet de la pièce s’intitule, d’ailleurs, La réalité. Les évènements qui font suite à la guerre de Troie, à la mort d’Hector, à sa condition de prisonnière, et qui nourrissent les textes d’Euripide ou de Racine n’ont pas leur place dans la pièce mexicaine. La question centrale du devenir de ses fils, Astyanax ou Molossos ne représente ici aucun enjeu. Andrómaca est d’abord et avant tout une femme «  qui reste froide face à sa propre vie », frigide même face à Pyrrhus ; elle se tait et reçoit les coups de cet homme désirant allant jusqu’à  hurler son amour (p 13).  L’action s’initie sur une succession ou plutôt une combinaison de duos (un couple par scène) dont l’un des participants refuse l’amour de l’autre :

Pyrrhus/ Andrómaca ( 2). Cette dernière n’éprouve donc rien pour cet homme.

Hermione / Pyrrhus ( 3). Cette fois-ci, c’est Pyrrhus qui rejette Hermione.

Oreste / Hermione (4) . Celle –ci repousse Oreste.

D’un dialogue à l’autre, nous retrouvons, dans ce système triangulaire, des répliques qui passent d’un face-à-face au suivant. Ainsi par exemple, Pyrrhus dit à Hermione qu’elle est « un torchon » (3), qui à son tour utilisera les mêmes mots contre Oreste (4). Ces couples sont comme interchangeables, révélateurs des relations amoureuses entre hommes et femmes d’autant que dans la seconde moitié du texte, les données vont s’inverser dans la ronde des amours, comme le titre VI « Le monde à l’envers », le note. Andrómaca déclare son amour à Pyrrhus qui va le refuser :

Andromaque –Je t’aime

Pyrrhus -Pourquoi est-ce que tu me dis ça ?

Andromaque -J’ai besoin de te dire ce que je ressens.

Pyrrhus -Mais…tu sais que tu ne m’intéresses pas. (p 49-50)

Dans la scène suivante, Pyrrhus rencontre Hermione et lui avoue son amour qu’elle repousse («  tu es vraiment moche ») alors qu’elle recherche celui de « l’homme » (4) qui s’écarte d’elle tout d’abord et finit par l’embrasser. Mais Hermione affronte tous les hommes, les frappe jusqu’à Oreste.

Inverser l’amour est aussi une douleur, une impasse. Hermione dit à Pyrrhus :

Rien ne change parce que toi et moi nous ne sommes pas faits l’un pour l’autre. ( p 61)

Toutefois, Andrómaca et Pyrrhus sont capables d’exprimer enfin cette impossibilité de leur amour, de leur amour simplement humain. Pyrrhus dans une réplique plus longue que les autres, redit ce chagrin :

Tu ne peux pas parce que tu es triste. Tu es triste parce que le monde t’est hostile…. ( p 63)

L’Andromaque de Racine fuit vers la mort (scène 1 acte IV), celle de X. Escalante fait ses adieux à Pyrrhus  avant de retrouver, à la dernière scène, Oreste. La tragédie du destin funeste semble alors comme suspendue, suspendue aux lèvres silencieuses des deux personnages mais aussi suspendue aux derniers mots prononcés par Oreste, s’adressant à Andromaque, mots de promesse d’un recommencement peut-être. :

Oreste - … Comment tu t’appelles … ?

Ainsi, une fois encore, X. Escalante déjoue-t-elle le tragique des dieux grecs : seuls les hommes (ils apparaissent en diverses catégories dans la pièce) et les femmes tentent de se parler de leur désir et de leur passion.

Présentation


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Compléments


Vidéo : Andromaque, théâtre du 8e, Lyon (extrait)
Pour citer cette ressource :

Marie Du Crest, "Escalante - Deuxième panneau : Andrómaca real ou le nouveau triangle racinien", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), août 2014. Consulté le 25/04/2018. URL: http://cle.ens-lyon.fr/espagnol/arts/theatre/theatre-contemporain/escalante-deuxieme-panneau-andromaca-real-ou-le-nouveau-triangle-racinien