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Laura (Otto Preminger – 1944)

Lionel Gerin

(Source: Youtube, Laura (1944) Otto Preminger)

 
Écran noir. Voix d'outre-tombe. "I'll always remember the day Laura died."

Exergue en forme d'épitaphe. L'histoire peut commencer.

L'histoire, c'est celle de Pygmalion, revisitée par Hollywood, sous la direction d'Otto Preminger.

Waldo Lydecker, chroniqueur aristocrate mondain, prend sous son aile une jeune publiciste, Laura. Il en fait sa "chose" et la conduit au succès. Elle rencontre Shelby, gigolo charmeur, et s'en éprend au point de vouloir l'épouser. Elle est assassinée. L'inspecteur Mark McPherson mène l'enquête.

Film sur le pouvoir de la création et du désir, Laura marque une date dans l'histoire alors naissante du film noir, et lui donne une dimension autre.

Preminger est l'un des nombreux cinéastes nés ou éduqués à Vienne, exilés à Hollywood, qui vont tant apporter au cinéma américain. Que l'on pense à Fritz Lang, à Billy Wilder ou à Eric Von Stroheim, ces cinéastes ont l'expérience de l'expressionnisme allemand et de la psychanalyse. Beau bagage !

Revenons au film. Tout désigne évidemment Waldo Lydecker comme coupable idéal, lui qui voyait sa créature lui échapper, au profit de celui qu'il considérait comme un minable arriviste. Waldo a tout de l'aristocrate britannique, cultivé et plein d'esprit, mais aussi arrogant et supérieur.

C'est lui que l'inpecteur vient voir en premier lieu, et c'est à travers ses souvenirs que nous découvrons Laura. Il a fait d'elle, obscure employée d'agence, une publicitaire renommée, a choisi ses robes, chapeaux et coiffures, l'a présentée aux gens influents. Il est tombé amoureux de sa création. Il en parle avec une passion retenue.

Il est si talentueux qu'il la recrée une seconde fois, par le pouvoir des mots. Et cette fois, c'est McPherson qui en tombe amoureux. Le problème, c'est que tomber amoureux d'une morte est chose compliquée.

D'autant plus que McPherson n'est pas un intellectuel comme Waldo. Tout les oppose. Il est "the American common man", simple, direct et pragmatique, "clever", par opposition au "bright" Waldo. Il est "physique" et non cérébral. D'ailleurs, il ne désire pas Laura seulement pour sa beauté, son éclat, le plaisir de sa compagnie. Il la veut créature de chair, femme, veut la "posséder", et non l'admirer comme une statue sur un piédestal.

Curieuse enquête donc, avec un détective amoureux de la victime qu'il n'a jamais vue, sauf sur le portrait peint, qui trône dans son appartement. Dans cet appartement, il enquête, lit ses lettres, sent son parfum, touche ses sous-vêtements, essaie de donner corps à son désir.

Jusqu'à ce qu'en pleine nuit, alors qu'il s'est assoupi, Laura réapparaisse. Rêve ? Fantasme ? Réalité ?

Le film et l'enquête prennent alors un autre tour.

Qui est donc la véritable victime ? La présumée victime n'est-elle pas l'assassin ?

Mais là bien sûr n'est pas la vraie question. Qui va choisir Laura entre trois hommes qui la désirent, de trois manières différentes?

Beaucoup ont vu dans le film une histoire nécrophile. C'est plutôt un film sur le pouvoir de la création et sur l'importance de l'imagination dans tout désir. Si Waldo crée Laura par le pouvoir des mots, on peut penser que la réapparition de Laura est due à McPherson, qui la recrée par la puissance de son désir. Laura ne s'y trompe d'ailleurs pas et apprécie d'être enfin regardée, "prise" pour une vraie femme.

Arrêter une femme pour être seul avec elle, mener un interrogatoire comme un tête à tête, braquer une lampe pour voir la beauté d'un visage, l'éteindre et trahir ses sentiments, ou comment enquêter quand on est amoureux.

Le casting est une merveille. Clifton Webb est Waldo, Vincent Price est Shelby et Dana Andrews est McPherson. Enfin, Laura est incarnée, c'est le mot, par la sublime Gene Tierney.

Preminger aura une longue carrière, parsemée de grands films. On peut citer, pour faire court: Where the Sidewalk Ends (Mark Dixon détective, 1950), River of No Return (La rivière sans retour, 1954), Anatomy of a Murder (Autopsie d'un meurtre, 1959) ou la belle adaptation de Bonjour Tristesse (1958).

You'll always remember the day Laura died!
 

    

Pour citer ces ressources :

Lionel Gerin. 03/2017. "Laura (Otto Preminger – 1944)".
La Clé des Langues (Lyon: ENS LYON/DGESCO). ISSN 2107-7029. Mis à jour le 16 mai 2017.
Consulté le 25 juillet 2017.
Url : http://cle.ens-lyon.fr/cinema-photo/laura-otto-preminger-1944--337337.kjsp

 
 
Mise à jour le 16 mai 2017
Créé le 15 mars 2017
ISSN 2107-7029
DGESCO Clé des Langues