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Lire les Romantiques dans un monde «post-littéraire» (Première partie)

Anne Robatel
Professeur agrégée d’anglais, CPGE du lycée Edouard Herriot, Lyon

Publié par Marion Coste le 14/03/2017



Cet article propose d’examiner la façon dont notre rapport au romantisme britannique a été influencé par les débats académiques des dernières décennies. Il est le fruit d’une recherche portant sur la construction de l’autorité littéraire et culturelle à l’époque romantique. La communauté dans laquelle je m’inscris lorsque je parle de « notre rapport au romantisme » est celle des personnes qui étudient la littérature en ce début du 21e siècle : enseignants, étudiants, critiques et chercheurs. Lorsqu’en 2005, j’ai commencé à me pencher sur l’histoire littéraire telle qu’on l’écrivait au début du 19e siècle, je me suis en effet aperçue que la formation à la lecture des « grands auteurs » que j’avais reçue depuis le lycée s’inscrivait dans une tradition largement inventée par les Romantiques, dont l’hégémonie était justement contestée depuis quelques années. Au cours de mes études supérieures, j’avais d’ailleurs commencé à entrevoir des nouvelles façons d’envisager l’histoire littéraire et l’analyse textuelle qui étaient le fruit de ces débats. Enseignant aujourd’hui l’anglais en khâgne, je constate que mes élèves continuent à envisager les textes et l’histoire littéraire comme si ces débats n’avaient jamais eu lieu. Autrement dit, leur façon d’appréhender la littérature est à peu près identique à celle des critiques et auteurs romantiques. Cet article vise donc aussi à faire apparaître le contexte théorique dans lequel s’enracinent les questions avec lesquelles j’aborde les textes en classe, dans l’espoir que mes élèves comprennent enfin qu’elles n’ont rien d’une lubie personnelle.

Je remercie Frédéric Ogée, Armelle Bonis et Marion Coste pour leurs relectures.

 
Première Partie
I- L’impact du New Historicism
II- Le procès du « désengagement romantique » ou comment « faire revenir sur terre » les auteurs romantiques
III- De l’accumulation du capital culturel par les Romantiques à la démocratisation du canon littéraire
IV- L’entrée des femmes dans le canon littéraire
V- La défense de la tradition littéraire contre la critique iconoclaste
VI- Apories intellectuelles et morales
VII- Vers une approche moins conflictuelle de l’histoire littéraire ?
VIII- Comment lire les Romantiques dans une société « post-littéraire » ?
IX- De l’ère de la production et de la reproduction mécanique à l’ère de la production et de la reproduction électronique
X- Conclusion


I- L’impact du New Historicism

 
En invitant à déconstruire les « mythes » façonnés par les poètes romantiques pour donner sens à leur œuvre et les grands récits par lesquels l’histoire littéraire s’est racontée depuis le XIXe siècle, les critiques inscrits dans le courant du New Historicism ont à la fois changé la manière d’appréhender l’œuvre des Big Six [1] et contribué à renouveler l’intérêt pour des auteurs jugés secondaires.
 
Parallèlement à leurs efforts pour renouveler les corpus, les New Historicists se sont surtout lancés dans un travail de dénaturalisation des frontières et des notions utilisées par la critique littéraire depuis la fin du XVIIIe siècle. Ils se sont inspirés de l’anthropologie, du postcolonialisme et de la théorie féministe pour décentrer le critique par rapport à son héritage socioculturel afin de percevoir les dispositifs idéologiques dont cet héritage est le produit, en empruntant des voies diverses : certains ont examiné les enjeux socioéconomiques et les rapports de force impérialistes masqués par la mise en scène de la « fausse conscience » romantique ; d’autres ont interrogé le rôle joué par l’identité de genre dans la production, la diffusion et la réception des textes ; d’autres enfin ont réfléchi à la manière dont s’étaient fabriquées des catégories d’analyse longtemps tenues pour des attributs essentiels du poète romantique – le génie, l’authenticité, la transcendance, etc.

Le New Historicism est un courant anglo-américain de critique et de théorie littéraires fondé sur l’idée qu’aucun champ culturel ou corpus littéraire ne peut être considéré comme indépendant de forces non textuelles ; aussi toute œuvre doit-elle être appréhendée comme le produit de l’époque, de l’endroit et des circonstances économiques, techniques, sociales et politiques dans lesquelles elle a été créée (Colebrook 1997 : 23-30). Apparu en réaction à une série de théories jugées anhistoriques – le formalisme, le structuralisme et le post-structuralisme – et opposé aux conceptions du canon littéraire véhiculées par l’histoire des idées, le New Historicism doit beaucoup au travail pionnier de Stephen Greenblatt et de Louis Montrose sur la Renaissance (Greenblatt 1980 et Montrose 1983 : 61-94). Les New Historicists se sont aussi inspirés de Michel Foucault dont ils ont souvent repris les notions d’épistémè et de dispositif [2]. En général, sinon exclusivement, ouvertes par des universitaires de gauche, ces perspectives s’inscrivent souvent dans une philosophie de l’histoire marxiste, sans pour autant réduire la littérature à un élément de la « superstructure » qui reflèterait les conditions matérielles de la production d’une société donnée [3]. De même la notion de lutte des classes est-elle délaissée au profit d’une réflexion sur la circulation du pouvoir dans le corps social tout entier et sur la diversité de ses applications.

Pour qui a le temps de s’intéresser d’un peu plus près à l’impact polémique du New Historicism sur la critique de la littérature romantique, cette présentation schématique est inévitablement amenée à se complexifier. Cette école a en effet suscité, dans la communauté des Romantic studies, d’importants débats renvoyant à différents positionnements politiques, dans la mesure où ils mettent en jeu la question des fondements et du devenir de l’autorité culturelle – aussi bien celle des auteurs critiqués que celle des universitaires qui les critiquent –, et interrogent les rapports entre littérature et société. Je commencerai ici par évoquer ces positions avant de les relier aux interrogations suscitées par les changements qui ont affecté la manière dont les «  professionnels de la littérature » conçoivent et pratiquent la critique textuelle depuis l’apparition de la « culture électronique ».

II- Le procès du « désengagement romantique » ou comment « faire revenir sur terre » les auteurs romantiques


L’une des premières révisions du romantisme proposée par les New Historicists est fondée sur la volonté de rompre avec les « mythes » par lesquels les artistes, les savants et les écrivains tendent à affirmer leur indépendance à l’égard de la société dans laquelle ils vivent. À l’instar de Pierre Bourdieu, les New Historicists rappellent volontiers que « le monde social impose ses contraintes et ses limites à la pensée la plus “pure” » (Bourdieu 1997 : 14) [4]. Appliquée au romantisme, la remise en cause de la critique formaliste ou esthétique a, dans un premier temps, entraîné une « herméneutique du soupçon » (Felluga 2003-2004 : 32-33) qui considère avec méfiance les procédés formels déployés par les gens de lettres pour ignorer les réalités sociales et en détourner leurs lecteurs. Ce scepticisme englobe généralement les lectures académiques, dites « traditionnelles » ou « orthodoxes », accusées de reproduire et de naturaliser les « fictions » produites par les auteurs commentés pour rendre compte de leur statut social et de leur travail littéraire – il existe aussi une variante condescendante, manifeste dans les remarques sur la « naïveté » de la high literary history qui souscrirait sans aucune distance au mythe romantique. Il s’agit alors d’interpréter en termes de « stratégies » et de « postures » ce que d’autres conçoivent comme une expression artistique spontanée et désintéressée. Ce faisant, les critiques entendent faire apparaître « l’historicité du discours romantique » (Siskin 1988) tenu par des poètes justement soucieux de présenter leur œuvre comme transcendant les contingences de l’histoire.

Dans une étude publiée en 1983, Jerome McGann reprochait ainsi à Meyer Howard Abrams, en qui il voyait une figure représentative de la critique traditionnelle, de reproduire sans même s’en apercevoir les postulats de « l’idéologie romantique » et invitait à reprendre conscience de la discontinuité historique (Abrams 1971 et McGann 1983). Selon lui, le problème de la théorie de Meyer Abrams, qui soulignait l’importance de la spiritualité dans la conception poétique des relations entre le sujet et la nature, est qu'elle est elle-même une théorie romantique. Au lieu de mettre en question les représentations idéalisées que les Romantiques se faisaient d’eux-mêmes en glorifiant le triomphe du génie individuel sur les aléas de l’histoire, Abrams les reproduisait et les naturalisait. McGann se proposait au contraire d’interroger la façon dont les Romantiques avaient dépolitisé l’idée du progrès humain, conçu par eux comme une affaire privée se jouant dans la relation entre l’âme créatrice du poète et son environnement naturel (McGann 1983 : 32). « L’idéologie romantique » est ainsi perçue, dans une perspective marxiste, comme une « fausse conscience » conférant une pseudo-objectivité aux concepts de « créativité », d’ « individualité » et de « génie » – concepts devenus en eux-mêmes des poncifs de la critique littéraire consacrée au romantisme, tant et si bien qu’elle a oublié qu’ils ont une histoire. En mettant à jour les relations sociales concrètes dont ces concepts sont le produit, le New Historicism doit permettre une compréhension plus fine des enjeux de la période romantique et de la manière dont les auteurs de cette période se situaient dans la société.

Identifiant « le lyrisme romantique à une politique du désengagement » (Zimmerman 1999 : 6) [5], un certain nombre de critiques inspirés par ce courant se sont alors donné pour programme de « faire revenir sur terre » les poètes idéalistes (Levinson 1986 : 55) et de les enraciner dans l’histoire (Liu 1989 : 23). Invitant à « rendre la présence poétique de [Wordsworth] plus interactive et moins imposante », Peter Murphy décrit en ces termes le processus de désacralisation dans lequel le New Historicism propose de s’engager :

When we bring Wordsworth down to earth by describing his connections to politics and contemporary events, or by describing the genesis of his writing in personal and plain terms [...] we make two corrections. The first is a canonical correction [...]; we bring him down from the high and highly abstracted reaches of the literary canon. The second might well be thought of as the source of the first. We correct Wordsworth himself: Wordsworth is relentlessly abstracting when discussing his own motives, relentlessly high in his vocabulary. (Murphy 1993 : 230)

Les gestes emblématiques de la démarche New Historicist sont donc la correction et le dévoilement : le propos est de mettre à jour – restaurer, démasquer, exhumer, etc. – l’histoire sociale à laquelle les poètes romantiques prétendaient échapper et les motivations économiques qui, selon certains de leurs historiens, leur étaient complètement étrangères [6]. Ce faisant, les New Historicists présentent souvent leur travail comme un effort pour briser un charme, pour s’affranchir de l’influence qu’ont exercée ces auteurs sur leurs commentateurs posthumes. Une telle émancipation implique de problématiser non seulement le texte mais aussi la relation du critique au texte. Elle peut éventuellement (mais non nécessairement) se concevoir comme conditionnée par la contestation de l’hégémonie des Big Six sur le canon littéraire établi[7]. Justifiant son choix de relire les « poètes masculins les plus connus » de la période romantique, Clifford Siskin soulignait ainsi qu’il n’entendait pas pour autant maintenir leur domination sur les curriculums mais « effectuer un changement dans la relation que nous avons avec eux » :

[A change] that will not dismiss them, but will help put into the past some of their extraordinary power over our professional and personal behaviours. To « break open » the canon without doing this first is to make the political mistake of being blind to that power, and of thus facing the inevitable prospect of reproducing, with the new material, Romantic relationships that have not yet been written to an end. (Siskin 1988 : 13-14) [8]

On peut identifier au moins deux approches distinctes dans cette tentative « pour en finir » avec le romantisme en dénaturalisant les modèles dominant les « comportements professionnels et personnels » des universitaires. D’une part, certains critiques se sont interrogés sur les stratégies rhétoriques, formelles et commerciales par lesquelles les grands poètes romantiques ont construit leur capital culturel et sont parvenus à s’imposer comme des références incontournables du patrimoine littéraire national. D’autre part, des chercheurs ont entrepris de redistribuer l’autorité culturelle et de renouveler le canon en exhumant des textes et des auteurs oubliés par la critique académique et en examinant les causes de leur disparition du panthéon littéraire.

III- De l’accumulation du capital culturel par les Romantiques à la démocratisation du canon littéraire


Dans la lignée des travaux consacrés à « l’invention de la tradition » (Hobsbawm and Ranger 1992), les études relevant de la première approche se sont par exemple attachées à montrer que les poètes ont activement participé à la construction de leur image ; elles ont ainsi mis l’accent sur la problématique du Romantic self-fashioning, parfois présentée ou perçue comme agressive par les tenants d’une conception idéalisée du génie poétique qu’il s’agit de dépasser : « We have always known that the Muse did not descend for Scott; we can admit now that it did not descend for Wordsworth » (Murphy 1993 : 238) [9]. En montrant que le rapport de William Wordsworth au travail et à la renommée littéraires n’était, à certains égards, pas si différent de celui de Walter Scott, dont le statut canonique incertain tient à ce qu’il ne fit jamais secret des motivations commerciales de son écriture, Peter Murphy a prouvé que le canon, loin d’être une création spontanée, était au contraire le produit des efforts délibérément poursuivis par les poètes pour accumuler du capital culturel : « Wordsworth’s poetry has its place in a low history, and that place is exactly the same as the place any other author might always have: he wanted his readers to like and to buy his books » (Murphy 1993 : 238). Il est désormais possible de « représenter Wordsworth comme s’imposant, d’une certaine façon, dans l’histoire littéraire, au lieu d’être un lien “naturel” de cette histoire » (Murphy 1993 : 259). Cette relecture invite à réfléchir sur le paradoxe que constitue la mise en scène ou la fabrication du « génie authentique ». Or, la notion d’authenticité occupe une place centrale dans la conception du canon littéraire telle qu’elle s’est cristallisée à l’époque victorienne, en particulier chez Matthew Arnold [10].

Parallèlement aux efforts poursuivis pour montrer que la high literary history avait délibérément ignoré les contingences historiques et les luttes de pouvoir expliquant la renommée des auteurs qu’elle distinguait, le New Historicism a stimulé la promotion de nouveaux textes et de nouveaux auteurs. L’évocation du programme proposé par Marylin Butler en 1989 illustre les enjeux politiques d’une telle promotion. Désireuse d’adapter l’histoire littéraire à l’existence d’un lectorat anglophone postcolonial et multiculturel, elle soulignait en ces termes le caractère arbitraire de la sélection par laquelle certains auteurs étaient devenus des classiques :

The unfortunate intellectual consequences of letting a small set of survivors, largely accidentally arrived at, dictate the model many of us seem to work with, of a timeless, desocialized, ahistorical literary community. (Butler 1989 : 72)

La prise en compte de ce lectorat l’a poussée à revaloriser un poète relativement négligé par la critique universitaire comme Robert Southey, en invitant notamment à relire Thalaba the Destroyer (1801) dans une perspective bakhtinienne pour apprécier la capacité de son auteur à manier l’intertextualité et la « vulgarité »
(Butler 1989 : 74) [11]. Selon elle, ce type de relecture participe en effet d’une démocratisation du canon qui doit permettre à la littérature romantique de survivre à l’ère de la mondialisation. Cette préoccupation renvoie aux discussions poursuivies, à la même époque, par les universitaires anglo-américains pour déterminer si l’étude de la littérature doit être remplacée par les Cultural Studies et dans quelle mesure l’appréciation esthétique des œuvres doit être délaissée au profit d’une critique politique. En l’occurrence, Marilyn Butler investit le New Historicism d’une fonction explicitement anti-élitiste :

The recent American Romanticist orthodoxy declares the great Romantic topic to be the alienated individual consciousness; the great work, Wordsworth's Prelude, that autobiography of a post-revolutionary recluse. [...] But the heroic ideal being extracted from Romantic poetry – the way of the literate recluse – is far too privileged and – dare one suggest – too professionally interested, to seem truly universal. It needs not ousting but supplementing, with forms of poetry and novels that are serious and intelligent without so often being private and academic. (Butler 1989 : 81-82)


IV- L’entrée des femmes dans le canon littéraire


Cette remise en cause de la privatisation de l’universel au profit de l’individu isolé exalté par les poètes romantiques a été largement entretenue par la critique postcoloniale et féministe. J’insisterai ici sur la seconde, dont l’impact sur l’appréhension du romantisme ne peut être sous-estimé : il n’est pas exagéré de dire que quasiment aucune recherche publiée aujourd’hui ne fait l’économie d’une référence à la problématique du genre [12].

La contribution de celle-ci aux études romantiques représente en effet l’une des manifestations les plus importantes de l’ouverture du canon et elle a sensiblement participé à accentuer les déterminations idéologiques des conceptions de la littérature élaborées à la fin du XVIIIe siècle. Les recherches poursuivies pour faire sortir de l’oubli les œuvres poétiques publiées, entre 1770 et 1830, par des femmes parmi lesquelles on peut citer Mary Lamb, Amelia Opie, Anna Laetitia Barbauld, Caroline Bowles Southey, Charlotte Smith, Mary Tighe, Felicia Hemans ou Mary Robinson, ont non seulement eu pour conséquences de renouveler le canon romantique mais aussi d’inviter à interroger la manière dont la tradition canonique avait été forgée et institutionnalisée. L’examen des causes de cet « oubli » a permis de commencer à concevoir le canon comme le produit d’un ensemble de postulats en vertu desquels les contemporains choisirent de définir la littérature. Autrement dit, la critique féministe du romantisme ne s’est pas contentée de faire entendre des voix marginalisées : elle a aussi contribué à décentrer les modèles esthétiques mobilisés pendant deux siècles pour rendre compte de la littérature. Bien plus qu’une démarche politiquement correcte, le recours à la notion de genre dans l’histoire littéraire a représenté un apport heuristique considérable pour la relecture des « poètes masculins les plus connus » et la lecture de leurs consœurs oubliées [13].

Constatant que les grandes figures auxquelles la tradition avait confié la mission d’incarner la littérature universelle étaient toutes masculines, la critique féministe a commencé par reconsidérer la place et le rôle des femmes dans la littérature britannique entre les années 1770 et 1830. Cette recherche a conduit à examiner les difficultés rencontrées par les écrivaines de cette période [14] et a abouti à la production de nouvelles anthologies démontrant qu’elles avaient été très nombreuses [15].

La critique féministe s’est ensuite interrogée sur les raisons pour lesquelles ces autrices étaient tombées dans l’oubli [16]. Les études sur les enjeux de la réception des écrivaines pendant la période romantique se sont multipliées depuis les années 1990 [17]. Ces travaux ont montré comment, à partir du XVIIIe siècle, les auteurs, les éditeurs, les libraires et les périodiques utilisèrent le genre (sexuel) pour hiérarchiser les genres (littéraires), définir des critères esthétiques et construire des représentations de l’écriture et de la lecture [18].

Bien que ces questions aient largement pénétré l’étude du romantisme, l’intégration des femmes au canon romantique se heurte toujours à des limites et des ambiguïtés persistantes. « Canons die hard », remarquait ainsi Laura Mandell en 1997, en invitant les critiques à réfléchir sur les manifestations et les causes de cette résistance [19]. M’inspirant de ses suggestions, je vais évoquer maintenant les polémiques déclenchées par le New Historicism.

V- La défense de la tradition littéraire contre la critique iconoclaste


Face aux attaques contre « l’orthodoxie critique » du type de celles émises par Marilyn Butler, les défenseurs de la tradition canonique se sont élevés pour protester contre les dangers du relativisme culturel et du désenchantement de la littérature que risque de provoquer la critique iconoclaste (Bloom 1994). Dans cette perspective, la reconnaissance de la dimension arbitraire, idéologique et stratégique de la constitution du canon menacerait de déclin l’aura associée à la littérature, sans laquelle celle-ci n’aurait pu survivre aux aléas de l’histoire : il importe donc de protéger le champ esthétique des conflits politiques opposant des individus et des groupes absorbés par des intérêts particuliers, dans le temps et dans l’espace. Quand bien même le caractère universel et désintéressé de la poésie romantique serait une fiction, il faut croire à cette fiction et la défendre comme un outil d’intelligibilité, de continuité et d’union entre les générations, permettant à l’humanité de résister à l’individualisme, au communautarisme et au nihilisme. Loin de justifier la déconstruction du canon, l’accélération de la mondialisation et le multiculturalisme sont ici vus comme des bouleversements inquiétants qui rendent d’autant plus nécessaires l’attachement à des repères culturels stables et leur transmission aux nouvelles générations. Le New Historicism apparaît alors comme une entreprise de « colonisation intellectuelle » de la part de critiques qui rejettent une herméneutique fondée sur la sympathie entre le commentateur et son objet pour projeter leurs propres intérêts politiques sur les auteurs qu’ils interprètent :

In the poststructuralist era, literary criticism and theory have been remarkably quick to dismiss the work of literary art-considered as a literary work so as to get at what more immediately interests the critic. Typically this has been a political, sociological, or ideological agenda. [20]

Des commentateurs sarcastiques ont également dénoncé l’arrogance des New Historicists, qui se flattent de « lire [les poètes romantiques] avec des yeux moins mystifiés que leurs prédécesseurs et leurs pairs sentimentaux » (
« reading with less deluded eyes than one's sentimentalist peers and predecessors », Perry 1996). Certains soulignent qu’au lieu de révolutionner la perception de la littérature, les programmes révisionnistes des années 1980 n’ont fait que recycler une vieille « tradition anti-romantique » dont on peut suivre la trace dans la critique littéraire des années 1930 et de la période victorienne et qui, ultime ironie, fut alimentée par les poètes romantiques eux-mêmes (Perry 1996). Paradoxalement, cette critique de l’imposture relève d’une démarche que ne renierait pas Pierre Bourdieu. Celui-ci invitait en effet à reconnaître dans :

les ruptures faussement révolutionnaires […] les formes les plus communes des stratégies de subversion par lesquelles les nouveaux entrants visent à s’affirmer contre leurs prédécesseurs et qui, parce qu’elles sont bien faites pour séduire les amateurs de nouveauté, constituent un bon moyen de réaliser à peu de frais une accumulation de capital symbolique. Le ton grandiose et arrogant de proclamations auto-valorisantes qui évoquent le manifeste littéraire ou le programme politique plutôt que le projet scientifique est typique des stratégies par lesquelles, dans certains champs, les prétendants les plus ambitieux – ou prétentieux – affirment une volonté de rupture qui, en tentant de jeter le discrédit sur les autorités établies, vise à déterminer un transfert de leur capital symbolique au profit des prophètes du recommencement radical. (Bourdieu 1994 : 94)

Des chercheurs exaspérés se sont ainsi empressés à leur tour de brocarder Jerome McGann, Alan Liu ou Marjorie Levinson, stigmatisés comme les inspirateurs d’une nouvelle orthodoxie critique dont les dogmes sont jugés d’autant plus inacceptables qu’ils se drapent dans une rhétorique émancipatrice. On perçoit évidemment dans ces disputes l’écho des débats politiques qui animèrent les démocraties occidentales entre la fin des années 1960 et la dissolution de l’Union soviétique : aussi est-il tentant de remarquer combien la querelle déclenchée par le New Historicism illustre à merveille l’argument de Bourdieu précédemment évoqué sur l’inévitable perméabilité du champ universitaire aux enjeux du monde social, au-dessus duquel les intellectuels et les artistes aspirent souvent à se situer.

Notons par ailleurs que si certaines attitudes historicistes rappellent étrangement celles des premiers contempteurs du romantisme – « l’herméneutique du soupçon » et la critique « correctrice » étaient souvent convoquées dans les revues littéraires au début du 19e siècle –, une partie de la critique anti-historiciste consiste de son côté à réactualiser, souvent délibérément, les discours sur la défense des auteurs et de la pureté littéraire qui se multiplièrent en Angleterre à partir de la fin du XVIIIe siècle (Keen
2002 : 627-54). De même, l’attachement aux fictions romantiques invoqué par les critiques conservateurs ne peut manquer de rappeler l’exaltation burkienne des « préjugés » par lesquels chaque génération donne sens à son destin en vénérant ses prédécesseurs [21].
 



Notes


[1] En 1985, le canon romantique constitué de William Blake, William Wordsworth, Samuel Taylor Coleridge, George Gordon Byron, Percy Bysshe Shelley et John Keats structurait encore la bibliographie de l’influente Modern Language Association (MLA), The English Romantic Poets, 4th edition, ed. Frank Jordan, New York (USA), MLA, 1985.
Notons toutefois que si le statut canonique de cinq de ces auteurs n’est plus contesté depuis longtemps, l’identité du sixième « grand homme » a toujours été incertaine, le titre ayant été alternativement attribué à William Blake, Robert Burns, Walter Scott, voire William Cowper. Voir à ce propos : Laura Mandell, “Canons Die Hard: A Review of the New Romantic Anthologies”, Romanticism on the Net, 7, August 1997. http://www.erudit.org/revue/ron/1997/v/n7/005755ar.html (consulté en janvier 2017).

[2] Par épistémè, Michel Foucault désigne un ensemble de rapports liant différents types de discours et correspondant à une époque historique donnée : « ce sont tous ces phénomènes de rapports entre les sciences ou entre les différents discours scientifiques qui constituent ce que j’appelle épistémè d’une époque », écrit-il dans « Les problèmes de la culture. Un débat Foucault-Preti », Il Bimestre, 22-23, sept-déc. 1972, repris in : Dits et Écrits, Paris, Gallimard, 1991, vol. 3, texte 206.
Le philosophe a ensuite délaissé la notion d’épistémè au profit de celle de dispositif pour porter son attention sur des réalités non-discursives – pratiques, stratégies, institutions, etc. : « ce que j’appelle dispositif est un cas beaucoup plus général de l’épistémè. Ou, plutôt que l’épistémè, c’est un dispositif spécifiquement discursif, à la différence du dispositif, qui est, lui, discursif et non discursif, ses éléments étant beaucoup plus hétérogènes. », déclare-t-il dans « Le jeu de Michel Foucault », Ornicar ? Bulletin périodique du champ freudien, 10, juillet 1977, repris in : Dits et Écrits, vol. 3, texte 206.

[3] Parmi d’autres sources importantes du New Historicism, voir par exemple : Raymond Williams, Culture and Society 1780-1950, Harmondsworth (England), Penguin, 1961 ; Terry Eagleton, “Marxism and Aesthetic Value”, in : Criticism and Ideology: A Study in Marxist Literary Theory, London (England), New York (USA), Verso, 1978 ; Terry Eagleton, Literary Theory: An Introduction, Minneapolis (USA), University of Minnesota Press, 1983.

[4] Pour des exemples d’application des concepts du sociologue à la période romantique, voir notamment : Jon P. Klancher, The Making of English Reading Audiences, 1791-1832, Madison (USA), University of Wisconsin Press, 1987 ; Ina Ferris, The Achievement of Literary Authority: Gender, History, and the Waverley Novels, Ithaca (USA), Cornell University Press, 1991 ; Robert Keith Lapp, Contest for Cultural Authority. Hazlitt, Coleridge, and the Distresses of the Regency, Detroit (USA), Wayne State University Press, 1999 ; Paul Keen, “ʻThe Most Useful of Citizensʼ: Towards a Romantic Literary Professionalism”, Studies in Romanticism, 41, Winter 2002, 627-54.

[5] Voir aussi : David Aers, Jon Cook, David Punter, “Coleridge: Individual, Community and Social Agency”, in : Romanticism and Ideology. Studies in English Writing 1765-1830, London (England), New York (USA), Routledge, 1981. La carrière de Coleridge y est décrite comme illustrant « the triumph of metaphysics and reverie over an attempt at direct engagement with politics and society » (p. 92).

[6] Voir par exemple l’appréciation suivante – « Levinson restores social history as a wilfully repressed content » –, Jon P. Klancher, “English Romanticism and Cultural Production”, in : Aram Veeser (ed.), The New Historicism, London (England), New York (USA), Routledge, 1989, p. 81.
 
[7] David Chandler a souligné que les adversaires du New Historicism tendent à passer sous silence le fait que les auteurs qui s’en réclament sont loin de tous partager une posture anti-canonique. Au sujet de McGann, il écrit ainsi : « Although that criticism has often been read as hostile to Abrams and the old guard of “Romanticists” – not least by themselves – it continued to champion the idea of the “representative man”, or, more particularly, the “representative consciousness”. This in turn preserved the idea of a “Romantic” canon of “representative” works. »
David Chandler, “ʻOne Consciousnessʼ, Historical Criticism and the Romantic Canon”, Romanticism on the Net, 17, February 2000. http://www.erudit.org/revue/ron/2000/v/n17/005896ar.html (consulté en janvier 2017).

[8] Notons que les préoccupations énoncées ici reflètent une conception radicale du New Historicism. Dans cette perspective, le travail de McGann est conçu comme inachevé.

[9] Voir aussi Robert Anderson, “ʻEnjoyments, of a […] more exquisite natureʼ: Wordsworth and Commodity Culture”, Romanticism on the Net, 26, May 2002. http://www.erudit.org/revue/ron/2002/v/n26/005697ar.html. (consulté en mars 2006)

[10] Matthew Arnold, Culture and Anarchy, 1869. L'essai d'Arnold a été réédité en 1993 : Matthew Arnold, Stefan Collini (eds.), Culture and Anarchy and Other Writings : Cambridge Texts in the History of Political Thoughts, Cambridge (England), Cambridge University Press, 1993.

[11] « In the strict senses that he's both thoroughly absorbed with popular art, and himself the medium by which traditional stories make their way down into the cultural water-table ».

[12] Sur l’apport du postcolonialisme aux Romantic studies, voir : Edward Said, Orientalism, London (England), New York (USA), Routledge & Kegan Paul, 1978 ; Edward Said, Culture and Imperialism, London (England), Chatto and Windus, 1993 ; Nigel Leask, British Romantic Writers and the East: Anxieties of Empire, Cambridge (England), Cambridge University Press, 1992 ; Alan Richardson and Sonia Hofkosh (eds.), Romanticism, Race and Culture, 1780-1834, Bloomington and Indianapolis (USA), Indiana University Press, 1996 ; Tim Fulford and Peter J. Kitson (eds.), Romanticism and Colonialism: Writing and Empire, 1780-1830, Cambridge (England), Cambridge University Press, 1998.
Si j’ai choisi de ne pas développer cet aspect, c’est que les préoccupations de ce courant ne semblent pas être devenues aussi incontournables que la question du genre dans les schèmes mobilisés par les critiques contemporains du romantisme – je laisserai ici en suspens la question des causes de cet attrait inégal. Cette distinction ne doit toutefois pas faire oublier que les passerelles entre le postcolonialisme et le féminisme ont toujours été nombreuses. Pour leur imbrication dans la pensée du Black feminism, voir par exemple : Patricia Hill Collins, “The social construction of Black feminist thought”, Signs, 14-4, Summer 1989, p. 745-773. S’agissant de la période romantique, on pourra consulter les travaux qui ont croisé les questions postcoloniales et féministes pour appréhender la littérature de voyage – Mary Louise Pratt, Imperial Eyes: Travel Writing and Transculturation, London (England), New York (USA), 1992 – ou la littérature irlandaise : par exemple, Mary Jean Corbett, Allegories of Union in Irish and English Writing, 1790-1870, Cambridge (England), Cambridge University Press, 2000 ; Ina Ferris, The Romantic National Tale and the Question of Ireland, Cambridge (England), Cambridge University Press, 2002.

[13] Susan J. Wolfson constate par exemple : « reading Hemans was one of the developments that led to our critical review of institutionalized "Romanticism" itself – that canon of male poets that was not the age's own self-understanding, but an early twentieth-century construction that, with minor adjustments, held up through the 1980s. »
Susan J. Wolfson, “Editing Felicia Hemans for the Twenty-First Century”, Romanticism on the Net, 19, August 2000. https://www.erudit.org/revue/ron/2000/v/n19/005931ar.html (consulté en janvier 2017). Voir aussi Paul Douglass, “Lord Byron’s Feminist Canon: Notes toward Its Construction”, Romanticism on the Net, 43, August 2006. http://www.erudit.org/revue/ron/2006/v/n43/013588ar.html (consulté en janvier 2017).
 
[14] Mary Poovey, The Proper Lady and the Woman Writer: Ideology as Style in the Works of Mary Wollstonecraft, Mary Shelley, and Jane Austen Chicago (USA), University of Chicago Press, 1984 ; Margaret Homans, Bearing the Word: Language and Female Experience in Nineteenth-Century Women's Writing, Chicago (USA), University of Chicago Press, 1986.

[15] Roger Lonsdale, Eighteenth-Century Women Poets: An Oxford Anthology, Oxford (England), New York (USA), Oxford University Press, 1989 ; Andrew Ashfield (ed.), Romantic Women Poets 1770-1838: An Anthology, Manchester (England), Manchester University Press, 1995 ; Paula Feldman (ed.), British Women Poets of the Romantic Era: An Anthology, Baltimore (USA), Johns Hopkins University Press, 1997.
 
[16] Marlon Ross, The Contours of Masculine Desire: Romanticism and the Rise of Women's Poetry, Oxford (England), New York (USA), Oxford University Press, 1989 ; Anne K. Mellor, Romanticism and Gender, London (England), New York (USA), Routledge, 1993.
 
[17] Sur les écrivaines, voir : Carol Shiner Wilson and Joel Haefner (eds.), Re-Visioning Romanticism: British Women Writers, 1776-1837, Philadelphia (USA), University of Pennsylvania Press, 1994 ; Paula Feldman and Theresa Kelley (eds.), Romantic Women Writers: Voices and Countervoices, Hanover (USA), University Press of New England, 1995. Sur les poétesses, voir Harriet Kramer Linkin and Stephen C. Behrendt (eds.), Romanticism and Women Poets: Opening the Doors of Reception, Lexington (USA), University Press of Kentucky, 1999 ; Isobel Armstrong and Virginia Blain (eds.), Women's Poetry in the Enlightenment: The Making of a Canon, 1730-1820, Basingstoke and London (England), Macmillan Press, New York (USA), St Martin’s Press, 1999.
 
[18] Ina Ferris, The Achievement of Literary Authority, 1991, op. cit. ; Catherine Gallagher, Nobody's Story: The Vanishing Acts of Women Writers in the Marketplace, 1670-1820, Berkeley and Los Angeles (USA), University of California Press, 1994, Catherine Ingrassia, Authorship, Commerce, and Gender in Early Eighteenth-Century England, Cambridge (England), Cambridge University Press, 1998 ; Laura Mandell, Misogynous Economies: The Business of Literature in Eighteenth-Century Britain, Lexington (USA), University of Kentucky Press, 1999.
 
[19] Malgré la multiplication de nouvelles anthologies proposant d’élargir le canon romantique à de nouveaux auteurs, Laura Mandell perçoit la persistance d’un « désir canonique » inconscient dont elle s’amuse à traquer les signes. Elle montre qu’il existe une continuité entre la manière dont les éditeurs des années 1990 appréhendent les textes écrits par des femmes et les attitudes misogynes qui orientèrent la conceptualisation de la littérature à la fin du XVIIIe siècle. Voir : Laura Mandell, “Canons Die Hard: A Review of the New Romantic Anthologies”, op. cit.
 
[20] Stephen C. Behrendt, “Review of Formal Charges: The Shaping of Poetry in British Romanticism, by Susan Wolfson”, The Wordsworth Circle, 28-4, 1997, p. 204. Cité par Paul Keen, “ʻThe Most Useful of Citizensʼ: Towards a Romantic Literary Professionalism”, op. cit.

[21] Notons toutefois que cet attachement a également pu être proclamé par des universitaires désireux de relancer les utopies sociales en luttant contre le désenchantement propagé par « l’herméneutique du soupçon ». Voir Jerome Christensen, Romanticism at the End of History, Baltimore (USA), Johns Hopkins University Press, 2000.

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Pour citer ces ressources :

Anne Robatel. 02/2017. "Lire les Romantiques dans un monde «post-littéraire» (Première partie)".
La Clé des Langues (Lyon: ENS LYON/DGESCO). ISSN 2107-7029. Mis à jour le 22 mars 2017.
Consulté le 24 mars 2017.
Url : http://cle.ens-lyon.fr/art-literature/lire-les-romantiques-dans-un-monde-post-litteraire-premiere-partie--333377.kjsp


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Mise à jour le 22 mars 2017
Créé le 6 février 2017
ISSN 2107-7029
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