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Lire les Romantiques dans un monde «post-littéraire» (Seconde partie)

Par Anne Robatel : Professeur en CPGE - Edouard Herriot, Lyon
Publié par Marion Coste le 14/03/2017
Cet article propose d’examiner la façon dont notre rapport au romantisme britannique a été influencé par les débats académiques des dernières décennies. Il est le fruit d’une recherche portant sur la construction de l’autorité littéraire et culturelle à l’époque romantique. La communauté dans laquelle je m’inscris lorsque je parle de « notre rapport au romantisme » est celle des personnes qui étudient la littérature en ce début du 21e siècle : enseignants, étudiants, critiques et chercheurs.

6. Apories intellectuelles et morales

La mise en exergue des excès du New Historicism n’a pas seulement été le fait des universitaires conservateurs. Bien qu’engagée dans la critique des déterminations misogynes de la canonisation littéraire du XVIIIe siècle à nos jours, Laura Mandell a ainsi déploré la conception caricaturale du travail universitaire et politique de certains manifestes New Historicists des années 1980, qui semblaient réduire l’alternative critique à un choix entre l’engagement social (position héroïque) et la fuite dans l’esthétique (position lâche) : « Critical research and teaching in the Humanities may be either a merely academic displacement or a genuine academic instantiation of oppositional social and political practice », écrivait ainsi Louis Montrose [1]. Ces jugements manichéens permettent de comprendre l’hostilité suscitée par le New Historicism et invitent à considérer les apories intellectuelles et éthiques auxquelles ce courant s’est apparemment heurté. Alors que Jerome McGann reproche à Meyer Abrams de reproduire sans le savoir la « fausse conscience » des poètes romantiques, Stephen Cole accuse pour sa part les New Historicists d’être les premières victimes des « fictions » dont ils entendent dénoncer l’influence sur les poètes qu’ils étudient : au moment même où ils déconstruisent le mythe du créateur comme agent libre ou sujet non-idéologique évoluant dans un monde idéalisé, ne se conduisent-ils pas comme si leur propre travail critique était en mesure d’exercer une action émancipatrice à l’égard des idéologies [2] ? La psychanalyse fournit une explication à ce genre de contradictions – en critiquant autrui, le sujet extériorise ou projette ses désirs refoulés, si bien que c’est en fait avec lui-même qu’il règle ses comptes sous couvert de « démythifier » un objet pour lequel il éprouve une fascination purement narcissique. Voilà comment Paul Keen rend compte de ce double bind :

They would free us from the ruins of history by exposing the extent to which the romantic poets mistakenly believed that they could aspire to precisely this achievement through a different type of writing. (Keen 2002 : 636)

7. Vers une approche moins conflictuelle de l’histoire littéraire ?

En dépit de cette tendance aporétique, les pistes de recherches ouvertes par la critique historiciste semblent loin d’être closes. Elles se sont plutôt ramifiées au fur et à mesure que les duels opposant, dans les années 1980, les tenants du New Historicism et des Cultural studies aux défenseurs de la critique esthétique et de la high literary history se concluaient par des tentatives globalement dépassionnées de prendre en compte les arguments énoncés de part et d’autre : loin de paralyser le désir de continuer à relire le romantisme, la conscience de l’infinitude des révisions et contre-révisions possibles s’avère au contraire stimulante pour la recherche en histoire littéraire.

Comme le soulignait Laura Mandell, les affrontements caricaturaux et pulsionnels caractérisant les meetings politiques et les manifestations sur les campus ne sont pas des exemples pour un travail universitaire serein. Ce rappel est en fait compatible avec la démarche historiciste, pour autant que celle-ci ne se contente pas de raconter « l’histoire d’une hégémonie incontestée (l’orientalisme, le sexisme, l’homophobie, l’eurocentrisme, etc.) » [3] et continue à mettre en question les conceptions stéréotypées du romantisme, y compris quand ces dernières sont mises au service de mouvements sociaux contestataires [4]. De telles approches se sont multipliées depuis les années 1990. Les New Historicists ont souligné que leur but n’était nullement d’évincer les Big Six du canon et qu’un auteur pouvait tout à fait être compris en étant situé simultanément dans une high literary history et une low literary history. Ils ont également accepté de considérer que « l’idéologie romantique » était peut-être plus ambiguë qu’il n’y paraissait et que le thème du désengagement constituait plus une question qu’une solution pour les poètes idéalistes. Ces nouvelles perspectives ont été nourries par l’apparition de recherches formalistes intégrant les problèmes soulevés par le New Historicism – comme celle de Susan Wolfson, qui a proposé une « historically informed formalist criticism » tendant à montrer que les poèmes romantiques mettaient justement en scène la critique de l’idéologie esthétique comme une fausse conscience soutenue par une impression d’unité factice (Wolfson 1997 : 235).

Ces dialogues ont favorisé l’émergence de conceptions plus fines des enjeux politiques de la littérature, comme celle de Paul Keen. Ce dernier a en effet proposé de résister aux représentations idéalisées de l’auteur et du travail littéraire construites par les écrivains de la période romantique en resituant leur œuvre dans « un réseau de production et de réception plus complètement réalisé », tout en prenant garde à ne pas réduire les problèmes auxquels ils étaient confrontés à des préoccupations politiques non pertinentes :

Literary criticism that is concerned with issues of professionalism, then, is important because it allows us to read that field of writings denominated as romantic literature against the grain of its own spiritualizing dynamics in order to locate it within a more fully realized network of relations of production and reception without yoking it to those explicitly political concerns that are irrelevant to "the work of literary art considered as a literary work." (Keen 1999 : 638)

Dans cette perspective, il demeure important d’interroger les principes et les mécanismes de la distinction culturelle qui organise, hier comme aujourd’hui, les représentations du « professionnalisme littéraire », en reconnaissant que ces représentations peuvent être conflictuelles. « La critique est attirée par le pouvoir établi », notait David Chandler (Chandler 2000). Cette attirance, qui se traduit par la reproduction des hiérarchies canoniques et des « idéaux disciplinaires » (Mandell 1997), n’est pas simplement à mettre au compte de la domination sociale, sexuelle ou postcoloniale, elle relève aussi de nécessités intellectuelles, économiques et pédagogiques : la réflexion implique de définir des catégories, la constitution d’un corpus produit nécessairement de l’exclusion, les enseignants-chercheurs n’ont pas toujours le temps d’utiliser des sources méconnues et de nouveaux exemples pour construire leurs cours, les éditeurs obéissent à des impératifs commerciaux qui limitent leur audace. Si l’internet bouleverse en partie ces conditions pratiques, il permet également à la « compulsion classificatoire » de s’épanouir. Ces classifications continuent à faire l’objet de luttes et à susciter des inquiétudes chez les chercheurs qui ne souscrivent pas à l’idée que la critique est une activité essentiellement « aristocratique » (Chandler 2000). Rendant compte de la frustration qu’elle éprouve devant le manque d’intérêt suscité par l’œuvre de l’écrivaine Mary Robinson, Judith Pascoe observe ainsi :

I am troubled by how quickly legitimate calls for renewed attention to aesthetic pleasure and close reading skills become allied with a classificatory compulsion that seems to inevitably require denigration. When I hear spokespeople for a new formalism give talks, I listen warily because I am afraid of where they are heading. I am rooting through my briefcase for something to heave at them should they resort to rallying cries: let us sort out the major from the minor, sift the canonical from the non-canonical, sequester the distinguished from the undistinguished. (Pascoe 2000)

8. Comment lire les Romantiques dans une société « post-littéraire » ?

Ces tensions doivent-elles nous amener à voir dans la querelle du New Historicism une simple répétition des polémiques qui caractérisèrent la « crise de la littérature » des années 1790 (Keen 1999) ? Si l’on souscrit au point de vue historiciste, il faut justement se garder d’identifier les questions du présent et celles du passé et s’efforcer au contraire de respecter la discontinuité historique :

[...] it is surely a mistake to read a postmodern condition back into historical epochs that did not know the utter absorption in the frenetic production and reading of signs that mark our own time. (Klancher 1987 : 7)

Pour comprendre la manière dont les Romantiques envisageaient la culture, il importe de reconnaître que la culture a changé depuis l’époque romantique. Le paradoxe est qu’en insistant sur la nécessité de penser la discontinuité historique – ce qui implique que la chercheuse tienne compte en permanence de l’irréductible étrangeté de l’époque qu’elle étudie –, nous nous inscrivons dans un rapport au temps social qui fut justement conceptualisé à l’époque romantique. Il est ainsi frappant de constater que les bouleversements socioculturels des dernières décennies ont stimulé, dans les champs universitaires et au-delà, une prolifération de réflexions sur la nature et le devenir de la culture « postmoderne » qui n’est pas sans rappeler l’application avec laquelle les Romantiques se mirent à interpréter les Signs of the Times – titre d’un article célèbre de Thomas Carlyle, publié anonymement dans l’Edinburgh Review en 1829 [5]. Autrement dit, si les spécificités d’un état social pris à un moment donné de son histoire nous empêchent de projeter le présent sur le passé, il est néanmoins clair que l’époque que nous sommes en train de vivre nous rend particulièrement sensibles aux tentatives des Romantiques pour faire face au climat de confusion culturelle dans lequel ils avaient le sentiment de parler, de lire, d’écrire et de publier.
Les orientations prises par la critique romantique au cours des dernières décennies témoignent ainsi de la crise des postulats qui structurèrent pendant deux siècles le rapport à la littérature des élites occidentales, postulats à partir desquels ces élites commencèrent, justement pendant la période romantique, à échafauder les institutions académiques et éditoriales chargées d’enseigner l’histoire et l’interprétation de la littérature. Cette crise se traduit par l’avènement de l’ère « post-littéraire » dont Paul Keen a explicité les enjeux :

The erosion of a sense of inherent meaning has problematized appeals to a cultural domain of "higher" aesthetic values, but the contingencies that have replaced it have encouraged an enquiry into often a highly competitive culture dynamics, a situation which has helped to foreground the reasons this belief in literature as a higher domain were attractive. As a result, literature has been transformed, from a cultural phenomenon that made our critical work coherent by giving it structure, to an area of contestation whose shifting contours form one of the primary elements of our investigations (Keen 2002 : 639) [6].

Cette nouvelle manière de concevoir la littérature comme « un champ de contestation aux contours mouvants » plutôt que comme un domaine esthétique supérieur et clairement balisé, dont la critique obéirait à des règles transparentes et universellement reconnues, a manifestement disposé les lecteurs « post-littéraires » que nous sommes à s’intéresser aux signes indiquant que les Romantiques avaient le sentiment de vivre « un moment culturel indéfini », « an inchoate cultural moment », selon l’expression de Jon P. Klancher (Klancher 1987 : 4).
Aussi devons-nous reconnaître que les débats qui ont marqué l'histoire culturelle anglo-américaine depuis les années 1980 sont inextricablement liés à la révolution de l'information dont nous sommes les témoins. Comme l'a noté sur ce point Paul Keen, les inquiétudes des universitaires d'aujourd'hui au sujet des menaces qui pèsent sur le statut même du travail intellectuel ont été « directement anticipées » par les craintes formulées par les Romantiques alors que la « culture littéraire » leur apparaissait en proie à des transformations historiques et techniques d'une grande ampleur (Keen 2002 : 633).

Introduisant une étude visant à montrer l’historicité d’un certain nombre de postulats sur la division du savoir et du travail et à étudier la manière dont la littérature favorisa leur naturalisation, Clifford Siskin justifiait son intérêt pour ces questions en évoquant pour sa part la « désorientation » des universitaires postmodernes (ou de ceux qui espèrent le devenir) :

All three of my central categories – disciplinarity, professionalism, and Literature – are currently [...] disturbed and disturbing; somehow, staying within one's discipline, being a professional, and knowing and working – or trying to get work – within an English department have become newly unsettling undertakings. (Siskin 1998 : 8)

Dans son commentaire, Paul Keen observe que la crise de l’emploi, qui menace aussi les universitaires est un des facteurs qui l’ont conduit à s’intéresser à l’émergence de « l’idéologie professionnaliste » dans le champ littéraire de la fin du XVIIIe siècle. La précarité d’un nouveau genre qui pèse aujourd’hui sur les individus aspirant à devenir des professionnels de la littérature l’incite à revenir aux sources du discours par lequel cette aspiration fut formulée et légitimée [7] :

We have become interested in the often far-reaching consequences of [the Romantic] authors' preoccupation with a community's ways of organizing its relations of working and knowing as our own academic community redefines itself in light of the return of these same pressing questions. (Keen 1999 : 635)

9. De l’ère de la production et de la reproduction mécanique à l’ère de la production et de la reproduction électronique

Le « retour » de l’intérêt éminemment « romantique » pour la question de savoir comment une communauté organise les relations du travail et de la production de connaissances renvoie non seulement aux orientations prises par l’économie politique de l’enseignement supérieur dans les démocraties occidentales [8] mais aussi à la révolution médiatique dont le rythme s’est accéléré depuis les années 1990. On ne peut en effet comprendre les problèmes autour desquels s’est construite et déconstruite la critique littéraire dans la période récente sans évoquer l’expansion d’un hypertexte électronique international qui a profondément affecté les pratiques et les théories de la lecture. Pendant que les critiques s’interrogeaient sur la manière de rendre compte de la « littérature romantique » et de raconter son histoire, ils commençaient simultanément à se familiariser avec un média qui transformait leur rapport aux textes et les incitait à reconsidérer trois termes occupant une place prépondérante dans la critique littéraire depuis le début du XIXe siècle – l’authenticité, la permanence et l’originalité [9]. Paraphrasant Walter Benjamin, ils étaient aussi invités à tenir compte de l’avènement de « l’ère de la production et de la reproduction électronique » pour comprendre les questions éthiques et politiques qui préoccupent aujourd’hui les « professionnels de la littérature » –, en soulignant que les inquiétudes contemporaines rappellent fortement les discours élégiaques sur le désenchantement des arts et la désacralisation du livre que provoqua autrefois son entrée dans « l'ère de la reproduction mécanisée » (Benjamin, 1936). L’impact de la « révolution électronique » sur notre rapport aux textes et les nouvelles manières de concevoir la fabrication, l’organisation, la transmission et la consultation des corpus littéraires et historiques sont étroitement liés aux questions apparues dans les Romantic Studies au cours des dernières décennies [10]. Ainsi les révisions de la littérature romantique proposées à la fin du XXe siècle font-elles écho aux pratiques éditoriales électroniques qui ont transformé les « principes de la critique textuelle » (McGann 1983 : passim) [11] et les pratiques de lecture individuelles.

Now instead of cultic devotion to the singular text, we have multiple texts; now, instead of copy-texts, we have decentered texts; now, instead of the canonical text, residing unapproachably in its authority, we have versions of texts (nodes) that situate themselves in a myriad of relations to other texts, to the reading publics of their historical conditions, and to ours; now, instead of the completed text, we have the open-ended one, encouraging interaction as part of its own continuing structure. (Thomson 1998)

Accueillies avec enthousiasme par certains universitaires, les expériences académiques et pédagogiques favorisées par la diffusion d’internet sont à la fois la source et le reflet des efforts poursuivis par des lectrices et lecteurs – amatrices et amateurs, étudiant(e)s, professeurs, éditrices et éditeurs) pour redessiner les frontières du champ culturel et, éventuellement, redistribuer l’autorité des différents textes constituant les corpus canoniques à partir de nouveaux principes [12]. Ces projets sont souvent associés à une réflexion sur les nouvelles voies d’émancipation ouvertes par la culture électronique [13].

Mais ces développements ont aussi été perçus comme une menace pour « l’aura » des lettres, réactivant ainsi une conception pessimiste de l’influence de la technique sur la culture qui repose sur des exemples dont on a pu souligner la permanence de Platon à Walter Benjamin [14]. Il se trouve que l’époque romantique constitue justement l’un des moments-clés dans l’histoire de l’affrontement entre une vision optimiste des changements sociaux favorisés par la diffusion des lettres et une lecture nostalgique du désenchantement culturel provoqué par la massification du lectorat (Klancher 1987). Pour ne citer qu’un exemple, l’opposition entre une pratique « concentrée » de la lecture et une pratique « dispersée », que soulignent aujourd’hui certains intellectuels alarmés par les possibilités abrutissantes du websurfing, ne peut manquer d’évoquer la distinction entre le « vrai lecteur » et le lecteur-consommateur que ne cessaient de mobiliser les périodiques bourgeois de l’époque romantique.

Conclusion

En rappelant comme je l’ai fait ici que la « bataille pour le pouvoir, les signes et la fonction de la culture » (Klancher 1987 : 5) ne date pas d’hier, j’espère aider les apprentis critiques à comprendre le sens d’un des préceptes guidant mes cours de littérature : Don’t take anything for granted. Lorsqu’on étudie un texte, rien ne va de soi et tout peut être questionné, y compris les raisons pour lesquelles ce texte a été jugé digne de figurer dans une anthologie de la littérature. En invitant les lecteurs à prendre conscience du caractère arbitraire du canon littéraire, l’enseignante que je suis ne cherche pas à jeter ce dernier par-dessus bord, mais plutôt à enrichir leur palette interprétative.

Notes

[1] Louis Montrose, “Professing the Renaissance: The Poetics and Politics of Culture”, in : H. Aram Veeser (ed.), The New Historicism, London (England), New York (USA), 1989, p. 26. Cité par Laura Mandell, “Susan J. Wolfson, Formal Charges: The Shaping of Poetry in British Romanticism”, Romanticism on the Net, 18, May 2000. http://www.erudit.org/revue/ron/2000/v/n18/005925ar.html?lang=en (consulté en janvier 2017)
Laura Mandell voit en Terry Eagleton un autre exemple de cette pensée binaire dans un commentaire cinglant qui mérite d’être cité : “What we have here is a bad guy in a black hat, the anal-retentive, rheumy academic critic who uses the alleged necessity of attending to formal, "linguistic devices" just as he uses his nasal spray, as an excuse to stay inside reading ("a merely academic displacement"), and a good guy in a white hat, the professor out there with radical students building shanties on Cornell's campus, occupying them, and getting arrested in order to protest Cornell's investment in apartheid South African companies ("a genuine academic instantiation of oppositional social and political practice").”
[2] Steven E. Cole, “Evading Politics: The Poverty of Historicizing Romanticism”, Studies in Romanticism, 33, 1995, p. 29. Cité par Paul Keen, “ʻThe Most Useful of Citizensʼ: Towards a Romantic Literary Professionalism”, op. cit.
[3] David Simpson, “Is Literary History the History of Everything? The Case for 'Antiquarian' History”, SubStance, 88, 28-1, 1999, p. 6. Cité par Laura Mandell, “Susan J. Wolfson, Formal Charges: The Shaping of Poetry in British Romanticism”, op. cit.
[4] Sur la récupération des clichés romantiques par un mouvement « néo-luddite » apparu à la fin du XXe siècle, voir Steven E. Jones, “Digital Romanticism in the Age of Neo-Luddism: the Romantic Circles Experiment”, Romanticism on the Net, 41-42, February-May 2006. http://www.erudit.org/revue/ron/2006/v/n41-42/013152ar.html (consulté en mars 2017).
[5] Dans “Romantic Poetry: Why and Wherefore?”, Stuart Curran soutient que les poètes romantiques furent les premiers à exprimer leur sentiment d’appartenance à une époque littéraire spécifique. L’article est publié dans : Stuart Curran (ed.), The Cambridge Companion to British Romanticism, Cambridge (England), Cambridge University Press, 1993. Laura Mandell explique ainsi l’apparition des premières anthologies, qui reflète la volonté d’édifier un canon à l’époque romantique. Voir : Laura Mandell, “Romantic Canons: a Bibliography (and an Argument)”, http://www.muohio.edu/~update/canon.htm (consulté en novembre 2016).
Sur les liens entre le romantisme et le New Historicism, voir : James Chandler, England in 1819: The Politics of Literary Culture and the Case of Romantic Historicism, Chicago (USA), The University of Chicago Press, 1998.
[6] Le concept de « post-littérature » est emprunté à James Clifford, “Introduction”, in : James Clifford et George E. Marcus (eds.), Writing Culture: The Poetics and Politics of Ethnography, Berkeley (USA), University of California Press, 1986, p. 1-26.
[7] Paul Keen s’inspire de Pierre Bourdieu en proposant d’étudier les déterminations économiques et hiérarchiques de la représentation du travail intellectuel, qui a justement ceci de particulier qu’il se définit comme étant au service d’un idéal démocratique censé transcender ces déterminations.
[8] Michael Bérubé's “The Contradiction of the Job Market in English », Chronicle of Higher Education, 19 December 1997: B7, The Idea and Ideals of a University. A panel session of the 2004 Annual Meeting of the American Council of Learned Societies, ACLS Occasional Paper No.63. http://www.acls.org/op63.pdf ; Martin Parker, “The Romance of Lonely Dissent: Intellectuals, Professionals and the McUniversity”, in : Mike Dent et Stephen Whitehead (eds.), Managing Professional Identities, London (England), New York (USA), Routledge, 2002. Michael Bottery, “Education and Globalisation : Redefining the role of the educational professional. An inaugural lecture, given in the Middleton Hall at the University of Hull, March 15th 2004”.
[9] Douglass H. Thomson, “The Work of Art in the Age of Electronic (Re)Production”, Romanticism on the Net, 10, May 1998. http://www.erudit.org/revue/ron/1998/v/n10/005805ar.html (consulté en janvier 2017). Dans cet article, l’auteur observe les changements de paradigmes suivants : « What was once authentic can now be replicated and placed in a variety of new contexts that alter meaning; what was once valued as unique loses its function as it becomes the common property and experience of many; what was once permanent and irreversible becomes transitory and reversible, even disposable. Nevertheless, the residual force (or "aura") of these terms continues to play its role in debates about the efficacy of the hypertext. One obvious example: when we cite a URL as part of a scholarly article, can we be sure it will still be there as a "permanent" reference point in the near and distant future? Another: how can we be sure our students draw material from "authentic" academic sites as opposed to their often wayward and idiosyncratic (but as technically sophisticated) clones? If web projects are increasingly viewed as collaborative efforts, what happens to the private, "unique" view of discourse that still forms the basis for evaluation in most academic systems? Should, say, a teacher of writing evaluate a team of page-builders based on the fluidity and malleability rather than upon the originality (not to mention correctness) of their written expression? ».
[10] Lisa Vargo remarque ainsi : « In its very transformation of the nature of the page from a contained and organized leaf of printed text to an infinitely expandable network of links, the Web can refresh our notions of the text and of the way in which we read the romantic period », in : “The Anna Letitia Barbauld Web Page: 1773 meets 2000”, Romanticism on the Net, 19, August 2000. http://www.erudit.org/revue/ron/2000/v/n19/005940ar.html (consulté en janvier 2017)
[11] Sur la possibilité de concevoir les nouvelles pratiques éditoriales électroniques comme une illustration des théories de la lecture et de l’écriture élaborées par Roland Barthes ou des concepts de Gilles Deleuze et Félix Guattari, voir : Neil Fraistat, Steven Jones and Carl Stahmer, “The Canon, The Web, and the Digitization of Romanticism”, Romanticism on the Net, 10, May 1998. http://www.erudit.org/revue/ron/1998/v/n10/005801ar.html (consulté en janvier 2017). Spécialistes de Shelley, ces auteurs reviennent sur l’expérience de la création du site Romantic circles (http://www.rc.umd.edu/) et montrent comment cette expérience leur a inspiré de nouvelles problématiques de recherche. Observant une tension entre les potentialités décentralisatrices de l’hypertexte et l’importance que prennent les méta-dispositifs permettant de hiérarchiser les sources, ils sont amenés à reconsidérer les théories romantiques de la poésie.
[12] Catherine Decker invite ainsi à considérer « how the web blurs the divisions between canonical and noncanonical novels, teaching and research, and the disparate levels of power and prestige established by hierarchial academic rankings [...]. As a result of the increasing number of Romantic scholars on the web, extensive research projects that are not stylistically appropriate for journals are now accessible. Freed from pressure to create "marketable" research, academic web designers can juxtapose discussions of canonical and noncanonical works; cross barriers between research, teaching, and creative writing; and fire salvos in the canon wars. ». Voir : Catherine Decker, “Crossing Old Barriers: The WorldWideWeb, Academia, and the Romantic Novel”, Romanticism on the Net, 10, May 1998. http://www.erudit.org/revue/ron/1998/v/n10/005794ar.html (consulté en janvier 2017).
[13] Selon Joel Haefner, « hypertext tends to undermine the hegemony of the canon … [and] replaces the paradigm of the writer-who-writes alone with a collaborative interaction among a writer, other writers, and readers. The cross-fertilization that was truly characteristic of the romantic era may be better illustrated with hypertextual links among authors, across texts, genres, and geography ». Joel Haefner, “ʻIn Tangled Mazes Wroughtʼ: Hypertext and Teaching Romantic Women Poets”, in : Stephen C. Behrendt et Harriet Kramer Linkin (eds.) Approaches to Teaching British Women Poets of the Romantic Period, New York, Modern Language Association of America, 1997, p. 47. Pour Thomson, les possibilités émancipatrices du web s’observent aussi bien dans l’émergence d’un nouveau type de relations entre professeurs et étudiants que dans le caractère dialogique et polyphonique de l’hypertexte électronique, qui « résiste à la tyrannie politique ou interprétative d’une seule voix ». Il propose également une analyse marxiste d’internet. Sur les implications politiques du web, voir : Jacques Derrida, Mal d'archive, Paris, Galilée, 1995 ; Michael Joyce, Of Two Minds: Hypertext, Pedagogy, and Poetics, Ann Arbor (USA), University of Michigan Press, 1995, p. 19.
[14] Douglass H. Thomson, “The Work of Art in the Age of Electronic (Re)Production”, op. cit. ; Steven E. Jones, “Digital Romanticism in the Age of Neo-Luddism”, op. cit.

Bibliographie

Walter Benjamin, « L'œuvre d'art à l'époque de sa reproduction mécanisée » [1936], trad. Pierre Klossowski et Walter Benjamin, in : Écrits français, Paris, Gallimard, 1991.
David Chandler, “ʻOne Consciousnessʼ, Historical Criticism and the Romantic Canon”, Romanticism on the Net, 17, February 2000. http://www.erudit.org/revue/ron/2000/v/n17/005896ar.html (consulté en janvier 2017).
Laura Mandell, “Canons Die Hard: A Review of the New Romantic Anthologies”, Romanticism on the Net, 7, August 1997. http://www.erudit.org/revue/ron/1997/v/n7/005755ar.html (consulté en janvier 2017).
Jerome McGann, Critique of Modern Textual Criticism, Chicago (USA), University of Chicago Press, 1983.
Jon P. Klancher, The Making of English Reading Audiences, 1791-1832,
Madison (USA), University of Wisconsin Press, 1987.
Paul Keen. “ʻThe Most Useful of Citizensʼ: Towards a Romantic Literary Professionalism”, Studies in Romanticism, 41, Winter 2002, 627-54.
---. The Crisis of Literature in the 1790s: Print Culture and the Public Sphere, Cambridge (England), Cambridge University Press, 1999.
Judith Pascoe, “Mary Robinson and Your Brilliant Career”, Romanticism on the Net, 19, August 2000. http://www.erudit.org/revue/ron/2000/v/n19/005937ar.html (consulté en janvier 2017).
Clifford Siskin, The Work of Writing: Literature and Social Change in Britain, 1700-1830, Baltimore (USA), Johns Hopkins University Press, 1998.
Douglass H. Thomson, “The Work of Art in the Age of Electronic (Re)Production”, Romanticism on the Net, 10, May 1998. http://www.erudit.org/revue/ron/1998/v/n10/005805ar.html (consulté en janvier 2017).
Susan J. Wolfson, Formal Charges: The Shaping of Poetry in British Romanticism, Stanford (USA), Stanford University Press, 1997.

Pour citer cette ressource :

Anne Robatel, "Lire les Romantiques dans un monde «post-littéraire» (Seconde partie)", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), mars 2017. Consulté le 17/10/2018. URL: http://cle.ens-lyon.fr/anglais/litterature/theories-litteraires/lire-les-romantiques-dans-un-monde-post-litteraireseconde-partie-