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Medea. Stimmen: contextualisation et résumé

Par Cécilia Fernandez
Publié par cferna02 le 03/05/2016


Cécilia Fernandez
professeur agrégée d'allemand
ancienne élève de l'ENS Lyon


Introduction

Médée est une des figures favorites de la littérature occidentale. La plupart du temps, elle est présentée comme une furie assoiffée de vengeance et atteinte de folie meurtrière. C’est seulement à une époque récente que certains auteurs, principalement des femmes, ont essayé de réhabiliter Médée. Citons à titre d'exemple le roman d'Ursula Haas  Freispruch für Medea (1991) (Non-lieu pour Médée). Christa Wolf, elle, ne poursuit pas cette ambition, du moins à ce qu’elle prétend. Elle dit vouloir retourner à la source des faits qui se sont produits et trouver comment a pu se développer cette image négative de Médée.

Le roman Médée. Voix est paru en 1996. Sa parution a été attendue avec une grande impatience car les lecteurs s’attendaient à une œuvre de la Wende, une œuvre de réflexion sur la réunification des deux Allemagne et sur ses conséquences. De plus, le public était très pressé de découvrir cette deuxième œuvre traitant d’un sujet mythologique après le succès phénoménal qu’avait connu la première narration de Wolf mettant en scène un personnage de la mythologie grecque, Cassandre, publiée en 1983. Les critiques furent plutôt négatives dans l’ensemble; on peut remarquer qu’il y eut la même réaction négative face à l’œuvre de Günter Grass Ein weites Feld (Toute une histoire) sur la réunification. Peut-être attendait-on trop de ces deux œuvres, notamment qu’elles donnent une vision claire des événements en train de se produire en Allemagne. Or personne n’avait encore le recul nécessaire pour mener à bien une telle entreprise. Le roman Médée. Voix étant en partie autobiographique, il est nécessaire de présenter brièvement l’écrivain Christa Wolf, en insistant sur les éléments importants pour la compréhension du roman.


Christa Wolf: sa vie et son oeuvre

Christa Wolf naît en 1929 à Landsberg an der Warthe, qui se trouve aujourd'hui en Pologne. Elle développe assez vite une conscience politique, devenant membre à 20 ans du SED (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands ou Parti socialiste unifié), le Parti communiste qui gouvernera la RDA pendant quarante ans. Wolf choisit par conséquent de vivre en Allemagne de l’Est, dans le bloc sous domination soviétique.  Elle travaille tout d'abord pour différentes revues littéraires (Neue Deutsche Literatur) et maisons d'édition (Neues Leben, Mitteldeutscher Verlag). A partir de 1962, elle se consacre entièrement au métier d'écrivain et obtient plusieurs prix pour ses récits, notamment le Heinrich-Mann-Preis pour son roman Der geteilte Himmel en 1963. Bientôt, elle s’engage politiquement au plus haut niveau en devenant candidate de 1963 à 1967 au poste de membre du comité central du parti. Mais elle doit quitter le conseil en 1967 après un discours critique dans lequel elle s'insurge contre la soumission de l’art et de la culture à la politique. Suite à ce discours, elle est placée sous surveillance par la Stasi.
En 1976 paraît Kindheitsmuster (Trame d’enfance), qui lui assure une place de choix dans l’histoire de la littérature allemande. A cette époque, elle est l’auteur le plus publié de tous les auteurs allemands en vie, qu’ils soient de RFA ou de RDA. La même année, elle s’engage contre l’expatriation forcée de son collègue compositeur et chansonnier Wolf Biermann. Comme nombre d’artistes (70 en tout), elle signe la lettre ouverte destinée aux autorités prenant parti pour Wolf Biermann, qui vient d’être déchu de sa nationalité est-allemande. Cette prise de position courageuse lui vaut d'être exclue de la direction de la section berlinoise de l’association des écrivains de RDA. Cette époque marque un tournant dans sa vie comme dans son oeuvre : jusqu’alors, elle s'était montrée globalement en accord avec le système. Même si elle pouvait adopter des positions critiques, elle pensait qu'il était encore possible d'améliorer le système par une action politique directe.
Après cet épisode, elle poursuivra son action critique mais en recourant à des moyens indirects. C'est ainsi qu'elle remettra en cause dans ses oeuvres l'Etat dans lequel elle évolue sous le couvert de l’évocation d’époques lointaines, comme l'Antiquité et le XIXe siècle. En 1980, Christa Wolf et son mari entreprennent un voyage d’agrément en Grèce, qui sera à l’origine de son obsession pour le personnage de Cassandre. Il s'agit là d'un tournant dans sa production d'écrivain : elle s’ouvre au matériau littéraire et au monde antiques. En 1983 paraît Cassandre, qui fut son plus grand succès et sa première oeuvre construite autour d'un personnage mythologique. Christa Wolf est à cette époque autorisée à voyager dans le monde entier: elle se rend notamment aux USA, en tant que professeur invitée à l'Université de l'Ohio, elle participe à des lectures en RFA.
Elle finit par quitter le SED en juin 1989, tout en tenant sur l' Alexanderplatz le 4 novembre 1989 un discours célèbre en faveur du socialisme et contre l'idée d' une réunification hâtive avec la RFA. « Stellt euch vor, es ist Sozialismus und keiner geht », lance-t-elle alors à la foule. Christa Wolf  souhaite que la RDA subsiste mais sous une forme nouvelle, celle d’un socialisme à visage humain, réellement démocratique. En 1990 est publié Was bleibt, qui va provoquer un véritable raz-de-marée médiatique et entraîner une « querelle littéraire » qui marquera tout le début des années 90.
En 1993 survient un immense scandale lorsqu'elle avoue publiquement avoir travaillé pour la Stasi entre 1959 et 1962 comme agent informel (IM pour Inoffizieller Mitarbeiter) sous le nom de code Margarete, alors qu'elle était considérée jusqu'alors comme opposante au gourvernement de RDA. A cette époque sont publiés également les quarante-deux volumes de la surveillance de la Stasi dont elle fut elle-même l’objet. En 1996 paraît son roman Medea. Stimmen (Médée. Voix). Suivent encore quatre oeuvres à caractère autobiographique, qui tirent un bilan politique et personnel des années passées en RDA. Christa Wolf meurt le 1er décembre 2011 à Berlin.


Contextualisation historique et politique

Pour comprendre le roman Medea. Stimmen, la connaissance de certains éléments historiques est indispensable.
L'élément central est bien sûr la Réunification en 1990 de la RFA et de la RDA, après une longue suite d’événements dont l’apogée fut la chute du mur le 9 novembre 1989. On parle de « révolution pacifique » pour désigner les événements de l'année 1989. Evidemment, les facteurs ayant entraîné la chute du régime communiste sont multiples. Citons le mécontentement d'une population surveillée, enfermée, face à un pays sclérosé dirigé par des politiciens extrêmement conservateurs. Au lieu de la nouvelle société socialiste égalitaire et humaniste promise, s’était installé un Etat de fonctionnaires rigide, imperméable aux exigences du peuple et dont le système économique parvenait tout juste à satisfaire les besoins fondamentaux des gens (certains universitaires parlent de Mangelgesellschaft, ou société de manque). La figure emblématique de ce système clos et paralysé est Erich Honecker, alors âgé -il a soixante-dix-sept ans en 1989-, qui s’accroche au pouvoir et bloque tout élan réformateur.
Dans ce contexte, la RFA apparaît d’abord comme une terre promise aux citoyens de RDA. Mais, une fois l'euphorie de la réunification passée, apparaissent les premiers problèmes en cette période complexe de Wende (ou tournant)  : chômage en masse, faillites, procès innombrables pour récupérer des biens dont le gouvernement est-allemand s'était saisi après 1949. Parallèlement, de 1990 à 2000, avec des pics en 1992 et 1993, on assiste à une augmentation très inquiétante du nombre d'actes racistes; la xénophobie croît inlassablement, à l’Est comme à l’Ouest d'ailleurs, mais de façon plus visible, plus spectaculaire à l’Est.

Christa Wolf elle-même subit deux cabales très virulentes. En 1990, elle publie le récit Was bleibt (Ce qui reste), ce qui déclenche une véritable campagne de calomnies contre elle. On lui reproche d’essayer de justifier son comportement en RDA, par exemple le fait de ne pas avoir quitté le pays, d’avoir joui de grands privilèges, comme celui de pouvoir voyager, et de vouloir maintenant se poser en victime du système. La deuxième vague d'attaques extrêmement féroces se produit en 1993, quand elle avoue avoir travaillé pour la Stasi. Sa vie en RDA est alors dénoncée comme une longue suite d’hypocrisies. A la suite de ces attaques, Wolf quitte l’académie des Beaux-Arts et se retire pendant un temps de la sphère publique.

Résumé de Medea. Stimmen


Comme dans Cassandre, Christa Wolf se prête à une réinterprétation de la mythologie grecque. Médée, guérisseuse et prêtresse d’Hécate, s’oppose à la soif de pouvoir destructrice de son père Aiétès, le roi de Colchide. Après que son père a fait assassiner son petit frère Absyrtos afin de rester sur le trône, Médée décide d’aider Jason dans sa quête de la Toison d’Or, gardée en Colchide par un serpent monstrueux. L’entreprise réussit, Médée quitte sa patrie avec Jason et son équipage, sur l’Argo. Jason épouse Médée; deux fils naissent de cette union. Les Argonautes et les Colchidiens qui ont fui leur patrie se réfugient à Corinthe, où ils se placent sous la protection de l’oncle de Jason, le roi Créon. Ce dernier a pour ambition de faire de Jason son successeur et de le marier à sa fille, Glaucé. Peu à peu, Médée devient un danger pour les dirigeants de Corinthe. Akamas, le premier astronome du roi, craint qu’elle ne révèle le terrible secret qu’elle a fini par découvrir : Corinthe serait fondée sur un meurtre, celui d’Iphinoé, la fille de Créon et de la reine Mérope, qui devait succéder à son père suivant les vœux d’une faction opposée à Créon. Akamas, aidé des Colchidiens à l’ambition démesurée Presbon et Agaméda, déclenche une véritable campagne de calomnies contre Médée : elle aurait tué son propre frère, elle serait responsable du tremblement de terre et de la peste qui accablent la ville. Médée devient ainsi le bouc émissaire du peuple corinthien vivant dans la peur et sous le joug de Créon et d’Akamas. Bannie de Corinthe, elle rejoint une communauté de femmes colchidiennes qui se sont installées dans les montagnes, vivant comme des sauvages, mais libres. Son départ provoque la ruine de tous ses adversaires : Glaucé se suicide en se jetant dans un puits, Jason dépérit sous la coque de l’Argo. Dans les montagnes, Médée apprend la mort de ses enfants, assassinés par une troupe de Corinthiens sous l’influence des hommes d’Akamas. Akamas la rend publiquement responsable de la mort de Glaucé et de ses deux fils et s'emploie à ce que ce soit cette version de la vie de Médée qui perdure à travers les âges.

Pour citer cette ressource :

Cécilia Fernandez, "Medea. Stimmen: contextualisation et résumé", La Clé des Langues [en ligne], Lyon, ENS de LYON/DGESCO (ISSN 2107-7029), mai 2016. Consulté le 23/02/2018. URL: http://cle.ens-lyon.fr/allemand/litterature/rda-et-rfa/wendeliteratur/medea-stimmen-contextualisation-et-resume