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Le 17 juin 1953 : contexte et déroulement

Myriam RENAUDOT
doctorante ENS LSH

       

        Si le 9 novembre 1989 (chute du Mur de Berlin) et le 3 octobre 1990 (jour de l'unité allemande) sont des dates de l'histoire allemande généralement connues d'un large public français, européen voire international, le 17 juin 1953 est une date très souvent ignorée. Pourtant, le 17 juin fut proclamé jour de fête nationale de la RFA (République Fédérale d'Allemagne) dès le mois d'août 1953 et le demeura jusqu'en 1990, pour disparaître sans faire de bruit et laisser place au 3 octobre.

Cette méconnaissance du 17 juin concerne également directement le public allemand, puisqu'un sondage de l'institut d'Emnid mené en 2001 [1] a montré que seules 43% des personnes interrogées savaient ce qui s'était passé le 17 juin 1953, 29% ne savaient même pas si cette date avait un rapport avec la RFA ou la RDA. Que s'est-il passé exactement le 17 juin 1953 ? De quels événements est-il question ?


Les faits

 

Le 16 juin 1953, les ouvriers du bâtiment de Berlin-Est arrêtaient de travailler sur le chantier de construction de la Stalinallee- l'avenue de Berlin-Est qui menait à l'est vers la Pologne et Moscou et occupait une position de choix pour devenir la vitrine de la RDA - pour protester contre les nouvelles normes imposées par le régime. En effet, une ordonnance prise le 28 mai 1953 par le conseil des ministres de Berlin-Est prévoyait une élévation des normes de production de 10 % avant la fin du mois de juin 1953, et ce sans majoration des salaires. D'autres ouvriers ainsi que des passants s'unissent aux manifestants, si bien que dix mille personnes se rassemblent en milieu de journée devant le siège du gouvernement de la RDA, exigeant de parler au chef du gouvernement (Ministerpräsident) Otto Grotewohl et au premier secrétaire du SED (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands), Walter Ulbricht. Cette manifestation s'achève le 16 par un appel à la grève générale, et l'on décide de se rassembler à nouveau le lendemain matin. Rapidement, la grève s'étend. Ces manifestations se transforment en soulèvement populaire dans toute la RDA. Aux exigences d'annulation de l'ordonnance prévoyant une élévation des normes viennent s'ajouter d'autres revendications : les manifestants réclament la démission du gouvernement et l'organisation d'élections libres.

Mais la répression ne tarde pas à reprendre le dessus, l'occupant soviétique déclare l'état d'urgence dans tout le territoire, les chars de l'Armée rouge dispersent les manifestants sous les sifflets et les jets de pavés. Il faut près de deux jours pour que les chars soviétiques et le ministère de la Sécurité d'Etat (Ministerium für Staatssicherheit) - la Stasi- reprennent le contrôle de la situation.

 

Les causes profondes : la "construction du socialisme"

Les historiens ont cherché à remonter aux causes plus profondes de ces événements et s'accordent à considérer le deuxième Congrès du SED de juillet 1952 comme le premier pas vers les soulèvements du 17 juin. Au cours de ce Congrès, le comité central du SED annonça le début de la "construction du socialisme" (Aufbau des Sozialismus) en RDA, en suivant le modèle soviétique. Cette "construction du socialisme" consistait surtout en une réorganisation socialiste de l'agriculture - avec une collectivisation des campagnes -, en une nationalisation de l'industrie et en l'introduction de l'économie planifiée. La hausse des normes de production imposée aux travailleurs industriels par l'ordonnance du 28 mai 1953 faisait aussi partie de ce programme.

Une politique de répression accompagna également la "construction du socialisme", les groupes religieux de jeunes ou les associations d'étudiants par exemple furent exposés à la persécution politique dès juillet 1952.

Parallèlement, le niveau de vie des habitants de RDA se dégradait, les besoins du peuple en biens de consommation n'étaient pas comblés, la situation économique de la RDA posait problème.

Suite aux incitations du gouvernement d'Union soviétique après la mort de Staline, la politique de "construction du socialisme" mise en place par le SED fut réexaminée et des erreurs officiellement reconnues, si bien qu'un communiqué proclamant le "nouveau cours" (Neuer Kurs) fut publié le 9 juin 1953 dans Neues Deutschland, le journal du parti. Ce "nouveau cours" fit des concessions en particulier aux paysans, aux Eglises, au capital privé, mais il laissa intact l'augmentation des normes. Les travailleurs devaient continuer à payer le prix fort et furent les seuls à ne pas bénéficier de la politique de détente, ce qui augmenta encore leur colère. Le mécontentement était déjà grand au sortir du Congrès du SED de 1952, et face aux  mesures prises en défaveur des ouvriers notamment, les grèves commencèrent à éclater dans les industries dès la fin de l'année 1952, et se multiplièrent encore au mois de juin 1953. Le matin du 17 juin 1953, le retrait de la mesure d'augmentation des normes fut annoncé, mais il était trop tard, les ouvriers étaient déjà en route pour la grève générale.

Le 17 juin 1953 marque en quelque sorte le point culminant de l'incompréhension du peuple est-allemand vis-à-vis de ses dirigeants.


La répression

La répression fut sanglante ; dès le 18 juin eurent lieu les premières exécutions sommaires réclamées par les Soviétiques. L'ampleur de la répression peut aujourd'hui être plus exactement chiffrée : une centaine de personnes moururent pendant les soulèvements, une vingtaine furent condamnées à mort, treize mille à quinze mille personnes arrêtées dans les semaines suivantes, dont plus de deux mille furent condamnées à des peines allant jusqu'à 25 ans de prison par les tribunaux soviétiques ou est-allemands, peines purgées parfois dans les goulags de l'Union soviétique, sans parler de la fuite de certains habitants hors de la RDA. Ajoutons que ni la RFA, ni les autres puissances alliées ne sont intervenues et venues en aide aux manifestants. Huit ans après la Seconde Guerre mondiale, il fallait éviter de nouveaux combats.

De quoi ces victimes ont-elles été accusées ? Comment ces soulèvements ont-ils été interprétés et accueillis à l'Ouest et à l'Est ? Comment un événement qui a lieu en RDA a-t-il pu devenir jour de fête nationale en RFA ?

 


[1] cf. Edgar Wolfrum, "Neue Erinnerungskultur ? Die neue Massenmedialisierung des 17. Juni 1953". In : http://www.17juni53.de/home/gedenken.html, p. 1.


 

Bibliographie indicative

FRICKE, Karl Wilhelm, ENGELMANN, Roger, Der Tag X und die   Staatssicherheit : 17. Juni 1953 - Reaktionen und Konsequenzen im DDR-Machtapparat, Bremen, Temmen, 2003.

FLEGEL, Silke, HOFFMANN, Frank, OVERHOFF, Evelyn (dir.), Der Volksaufstand am 17. Juni 1953 - ein gesamtdeutsches Ereignis?, Bochum, IDF, 2004.

IHME-TUCHEL, Beate, Die DDR, Darmstadt, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 2002.

KOWALCZUK, Ilko-Sascha, 17.06.1953 : Volksaufstand in der DDR : Ursachen - Abläufe - Folgen, Bremen, Temmen, 2003.

 

 Pour citer cet article :

Myriam Renaudot (ENS LSH). 2007. "Le 17 juin 1953 : contexte et déroulement".
La Clé des Langues (Lyon: ENS LYON/DGESCO). ISSN 2107-7029. Mis à jour le 29 septembre 2009
Consulté le 25 novembre 2017
Url : http://cle.ens-lyon.fr/le-17-juin-1953/le-17-juin-1953-contexte-et-deroulement-20705.kjsp

Pour en savoir plus
Le site très complet de l'académie de Caen propose une liste commentée de liens. Page très complète de la bpb : 17juni53.de Brochure téléchargeable de la bpb : bpb.de/publikationen
Vidéo
Les actualités en RDA: youtube.com
 
 
Mise à jour le 17 octobre 2017
Créé le 27 avril 2007
ISSN 2107-7029
DGESCO Clé des Langues