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Agnes Göppel, héroïne romantique, inadaptée à « la dureté des temps »

Aline Le Berre (Professeur de Langue et Littérature Germaniques, Limoges)
Publié le : 31 janvier 2009
Il est symptomatique que Diederich retrouve Agnes et noue une liaison avec elle, juste après sa rencontre avec l'empereur. Elle représente pour lui une alternative à l'imitation de Guillaume II et à la carrière de parfait sujet. En lui offrant la possibilité de changer de vie, de prendre un autre chemin, qui le mène vers un certain épanouissement personnel, elle lui rappelle qu'il existe d'autres valeurs que l'ambition : « Du hast ein wenig Geld, ich auch. Warum Karriere machen und dich abhetzen? ». A son désir forcené de réussite sociale, elle oppose la recherche du bonheur individuel et de l'harmonie familiale.
Or, si elle lui fait entendre une autre voix que celle du culte du pouvoir, c'est parce qu'elle possède un tempérament romantique qui se manifeste dans son inadaptation à la vie en société, son aversion pour les groupes humains, ainsi que dans sa délicatesse et son amour de la nature. Elle est l'un des seuls personnages à éveiller chez Diederich la prise de conscience fugace qu'il « parle faux et agit contre sa volonté », et donc à lui laisser pressentir la vacuité de son idéologie de la force.
On peut en déduire qu'elle dépasse de beaucoup le type de la midinette naïve et romanesque, voire de la « femme fragile », même si certains de ses comportements peuvent y faire songer. Elle n'est pas un type, mais un caractère relativement complexe, dont la souffrance de femme bafouée revêt, évoquée par petites touches, une poignante acuité. Dans l'univers de marionnettes du bon sujet et de ses semblables, Agnes prend une épaisseur humaine indiscutable. Elle incarne la dignité et la sincérité des sentiments face aux calculs et à l'arrivisme de son amant.

 
 
mise à jour le 3 février 2009
Créé le 31 janvier 2009
ISSN 2107-7029
DGESCO Clé des Langues